12.6.09

Ainsi parlait Zarathoustra

Un samedi du mois de mai, nous sanglons notre troupe dans le monospace, ultime ruse de parents épuisés qui espèrent secrètement une sieste motorisée de leurs rejetons, pour une balade semi-pluvieuse dans la jolie ville de Dinan. Les filles renâclent et rouspètent, traînant leurs sandalettes sur les pavés glissants avec mauvaise volonté.
Je me dis alors qu’un peu de spiritualité nous mettrait du baume au cœur ou un coup de pied aux fesses et pousse ma marmaille sous le porche d’une église. Piwouane renoue avec sa ferveur religieuse caractéristique et étudie dans l’ordre, l’emplacement du baptistère, les vitraux, et la nef. Je jubile : ne sommes-nous pas des parents parfaits, qui initions nos enfants au patrimoine culturel et religieux, au lieu d’aller gober des boulettes de renne à la cafèt d’Ikéa ? Pitoue apprécie les qualités de résonance de l’édifice. Son père a tout le mal du monde à la persuader de chuchoter et de réserver ses expériences d’écho à une autre falaise. Pitère gambade et fait claquer ses talons sur le sol.
Subitement illuminée, j’aperçois les cierges. Les enfants sont ravies d’allumer leurs lumignons aux flammes vacillantes. Dans une tentative d’éveil à la foi, j’éclaircis l’idée de prière et suggère aux filles de recommander à Dieu de prendre soin de leur arrière-grand-mère qui nous a quittés il y a peu. Ce qui aurait été judicieux si je ne m’étais pas trompée de prénom : pardon Grand-Mamie J, tu es encore parmi nous et j’espère pour longtemps ! Dieu fasse que cette erreur ne soit pas prémonitoire ! Notre recueillement est légèrement dissipé par les frasques de Pitre qui frôle avec insouciance les bougies et manque de les renverser.
Nous sortons dans le calme et la hâte. A l’extérieur, une étrange odeur semble embaumer la ville. Un peu âcre. De la fumée ? C’est Calvin qui remarque , fin limier, qu’une mèche de Pitère est calcinée et que ses cheveux sont pleins de cendre…

Suite à cette offrande capillaire, Piwouane s’est à nouveau embarquée dans de grandes interrogations théologiques. Je ne peux pas m’empêcher d’être un peu inquiète lorsque mon aînée m’assure que parfois dans son cerveau cohabitent Dieu (qui doit déjà prendre pas mal de place) et le Dieu du mal (franchement terrifiant).
Réincarnation de Jeanne d’Arc, Mystica est de retour, et elle ne nous laisse pas beaucoup de répit, sauf devant les Zouzous. Elle doit qui plus est composer avec sa petite sœur Pitoue, qui pencherait plutôt du côté de Zarathoustra…
Pitoue, 4 ans, en se brossant les dents et postillonnant du dentifrice sur mon tee-shirt noir :
- Dieu est mort.
- Non, il est vivant mais pas comme nous.
- Mais si il est mort, parce qu’on ne le voit pas. ( Saint Thomas)
- …
- Ou alors il habite dans l’église ?
- Oui on peut dire ça. (C’est quand même de l’abus, à 8 heures, avant le thé du matin.)
- Ah mais oui, j’ai tout compris ! C’est lui qui parle dans le micro !!!

Etre ou ne pas être (lue)

A force de ne plus rien écrire qui vaille la peine d’être lu, voilà que le blog manifeste sa propre angoisse d’abandon à travers un biais insoupçonné jusqu’alors : la parole de mes élèves. J’avais décidé ici de ne pas parler d’école, ou si peu, par pudeur pédagogique ou bien par devoir de réserve, que sais-je... Alors que des parents d’élèves me lisent, par hasard truqué ou traqué, je le dis franchement, cela me fait perdre le goût du net. Je pratiquais une auto- censure assez modérée, mais la chique m’en tombe et la babine m’en pend, car l’exercice ne friserait plus l’exutoire si j’en liais encore la langue un peu plus. Que par là-dessus, ils en parlent à leurs rejetons mes chers élèves, et qu’ils m’offrent donc un stylo pour signer ma démission illico, de ce blog ou bien de l’éducation nationale… Qu’internet ne rime pas avec intimité, on s’en doutait, et j’aurais mieux fait d’être plus précautionneuse. Mais ce blog est débuté depuis bien longtemps, malgré sa fréquence aléatoire, et il est une sorte de mémoire qu’il me pèserait de fermer.
Et puis si vraiment il y en a qui ont encore envie de regarder par l’autre bout de la lorgnette, ils feraient mieux d’aller jeter un œil ici : http://educophobe.over-blog.com/ . C’est autrement plus marrant que mes états d’âme.

25.3.09

Errance professionnelle

Je réfléchis à une reconversion qui s'avère nécessaire pour ma santé psychologique...
Me voilà réduite à faire un test sur Studyrama et à obtenir les résultats suivants, dont je ne sais que penser dans l'immédiat... Je suppose qu'il me faudra un temps de digestion, une dose d'humour et un grand saut en arrière pour m'assurer un peu de recul!

Classification des métiers fait pour vous

- Paramédical :
Monteur en optique-lunetterie 69%
Diététicien 62%
Hydrothérapeute 57%
Orthoptiste 57%

- Distribution :
Les métiers du commerce électronique 67%
Caissier 63%
Technicien d'entretien 60%

- Culture :
Assistant qualifié de conservation, spécialité musées 56%
Vérificateurs et techniciens du patrimoine 56%
Assistant qualifié de conservation, spécialités archives, bibliothèque et documentation 56%

- Santé :
Ostéopathe 64%
Chirurgien-dentiste 60%
Chiropraticien 57%

- Industrie :
Opérateur régleur en productique 67%
Pilotage de production 61%
Agent de maintenance industrielle 57%

- Transport / Logistique :
Conducteur de métro ou de tramway 62%
Responsable formation 57%

- Enseignement :
Professeur de musique 69%
Professeur d'arts plastiques 68%

- Art :
Professeur d'arts plastiques 67%
Les métiers du bois 57%

- Social :
Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem) 69%
Auxiliaire de vie sociale, agent à domicile et assistante de vie 64%

- Immobilier :
Responsable de gestion de patrimoine immobilier 63%
Secrétaire d'agence immobilière 59%

- Musique :
Professeur de musique 75%

- Inform. / Electron. :
Technicien en télécommunications 65%

- Métiers animaliers :
Cadre d'écurie 75%

- Droit / Justice :
Clerc d'huissier 69%

10.2.09

Des pages à tourner


Sur l'invitation de Lutecewoman, un coup d'oeil dans ma bibliothèque...


Catégorie tout et n’importe quoi, m’enfin surtout n’importe quoi

Je lis beaucoup de n'importe quoi. Tant qu'on me raconte une histoire, et que la vraie vie m'échappe, tant que les mots créent une illusion comique, tant que les pages se tournent plus vite que les heures, je m'y adonne...

De la chick lit donc, plus ou moins bien écrite, mais très distrayante.
Marian Keyes, Sophie Kinsella, Isabel Wolff,Lauren Weisberger...
en anglais dans le texte pour qu'à défaut de devenir érudite, j'autorise mon english à s'improver.

D'autres livres à la plume facile, que j'hésite à ranger dans le n'importe quoi, mais tout de même si , avouons-le, c'est un peu n'importe quoi : Douglas Kennedy, Anna Gavalda...


Catégorie des livres pas que pour les enfants

En dehors de Harry Potter dont les derniers tomes m'ont fait cauchemarder d'effroi pendant des jours, en dehors de la saga Twilight dans laquelle je suis actuellement plongée et qui ravive mes souvenirs d'adolescence (non, non, aucune rencontre avec un vampire à l'époque, mais je suppose que je me retrouve dans l'humeur noire et romantique de l'héroïne), j'ai beaucoup apprécié Philip Pullman, Tolkien bien sûr, et je me délecte encore souvent de l'humour de R. Dahl


Catégorie grands classiques
Flaubert mais pas Balzac, Zola peut-être un peu...

Racine mais pas Corneille
Dans ma jeunesse, éprise de Jean Cocteau (no way je sais), Jean Anouilh...



Catégorie littérature contemporaine

John Irving, absolument
Paul Auster,
Vladimir Nabokov

Catégorie apprendre en s’amusant

Il est parfois très drôle de lire des livres du maître ou autres guides pédagogiques : je prends ainsi la mesure de mon ignorance notamment géographique et scientifique (niveau CM2 grand max).


Catégorie parfois je lis des trucs intelligents, mais après ça fait mal à la tête

Loin est le temps où en effet j'avais parfois la migraine à force de me concentrer sur dans l'ordre alphabétique qui ne coïndide pas avec celui de mes hantises, Hegel, Heidegger, Husserl, Hume et autres philosophes en H ou K.

Les auteurs les plus complexes que je m'autorise depuis quelques années ont généralement pour sujet l'enfance, ô surprise : Maria Montessori, Isabelle Filliozat, entre autres, et il est à noter que si elles ne me filent pas mal au crâne, elles me donnent chaud au coeur.

Et vous, nombreux et fidèles lecteurs???

9.2.09

Pif encore!

L'année dernière, j'avais participé au jeu du Pay It Forward chez Delphine, et j'ai d'ailleurs reçu il y a quelques semaines un très joli colis, très délicat, avec de délicieux petits gâteaux, des stickers qui ont ravi quelques jeunes filles ici, et des cadeaux venant du Japon, n'est-ce pas dépaysant?

Malheureusement, je n'avais moi-même pas vraiment payé forward quoi que ce soit puisque trop peu de lecteurs s'étaient portés candidats parmi mon déjà très petit lectorat!

Mais je ne désespère pas (et en plus promis j'ai fait des progrès avec mes deux mains gauches), donc ayant été heureusement désignée chez Shalima, je propose moi aussi de tirer au sort les 3 “victimes” qui recevront un petit cadeau fait main et qui s’engagent à gâter à leur tour 3 de leurs lectrices dans les 365 jours qui viennent.

A vous de jouer!

6.2.09

affectation

Piwouane semble très affectée par l'idée que très probablement, je change d'école l'an prochain, pour une destination inconnue :
- " Mais c'est à cause de la grève Maman, parce que vous n'avez pas pu vous arranger avec Nicolas Sarkozy? Parce que tu sais il faut essayer de s'arranger. "
- " Je sais que c'est l'inspecteur qui décide. Mais ce n'est pas l'inspecteur Gadget. "
- " Mais c'est qui le chef de tout, vraiment tout le monde?"

4.2.09

Amitié et divergences

Les vacances approchent et ce ne sera pas du luxe pour la gente gent féminine de cette maisonnée.



Je m'estime en vacances également, puisque j'ai achevé mon devoir scolaire ce mercredi midi, en entassant dans une caisse livres de géométrie, photocopies et évaluations, qui y vont reposer en désordre pendant au moins un ou deux jours comme ils le méritent, avant que je ne m'attaque à leur réglementaire classement.

Pas du luxe donc parce qu'à force d'errer dans les escaliers toutes les nuits, j'ai du mal à rester éveillée le jour.



Pas du luxe pour Piwouane qui semble en overdose :

- d'une amitié un peu exclusive : "Tu sais Maman, ben toi aussi t'aurais une copine, eh bien tu trouverais ça difficile parce qu'il faut toujours faire ce qu'elle veut sinon elle se vexe. Moi je préfère rester à la maison si c'est ça. "

- d'une sororité envahissante (mais là, je doute que les vacances y remédient), mais aussi de ses parents exigeants : " J'en ai marre de mes petites soeurs. Et j'aime pas du tout ce papa et cette maman. Je ne voudrais même pas être toute seule, je voudrais pas être une petite graine, je ne voudrais pas exister du tout, je ne voudrais pas que la vie se produise."

Fin de citation. Une cure de repos- pâte à modeler - câlins - gâteau au chocolat - cinéma, va-t-elle remettre tout cela d'aplomb?



Pas du luxe pour Pitoue non plus, qui voudrait bien être toute seule dans la vie aussi à boire des biberons sur les genoux de sa mère. Pas de chance que la mère concernée ne soit pas trop dans l'état d'esprit pouponnage intensif de proximité actuellement.



Enfin, reste à savoir si passer plus de temps ensemble, sans pressions, va diminuer les chamailleries, crêpages de chignons, tirages de cheveux, coupe capillaire en 4, cris, hurlements et sanglots longs. C'est rude, l'hiver loin des toboggans, des balançoires et des trottinettes.





Et puisque Piwouane s'interroge sur les limites de l'amitié, ou les bornes qu'on doit poser en amitié, moi je me demande (et cela revient un peu au même) si on peut être ami avec quelqu'un dont les opinions politiques sont différentes des notres. Si le choix politique est engagé sur une conception de l'homme, un dialogue est-il possible avec celui qui n'a pas la même analyse de la liberté, qui ne goûte pas la vie de la même manière que soi? Est-ce qu'alors on doit se contenter de laisser vivoter une amitié sur du semblant, du paraître, de l'inutile, du verbiage? Peut-être est-ce qu'en ce moment je me radicalise, je m'éloigne d'un principe de tolérance...

29.1.09

Emotions pré-festivités


Un mercredi, il y a une quinzaine, veille de l'anniversaire de Pitère.


Quand à 7 heures du matin, tandis que je somnole échevelée devant mon écran, les mains blotties autour d'un bol de thé, ma marmaille piaillante a déjà à mes pieds éparpillé feutres et gommettes, je me dis que la journée va être beaucoup plus longue que ne l'a été ma nuit...


Quand à 9 heures une fois émergée de mon demi-sommeil diurne, je cavale derrière trois petites filles qui galopent culs nus, pour leur enfiler ici une manche, ici un collant, là une chaussette, je me fais l'effet d'une fermière qui tente de rassembler sa basse-cour rigolarde et narquoise.


Quand à 9h20, je remonte huit zips de bottes et quatre zips de manteau (trois paires de pieds à chausser, chaque zip de la dernière comptant double, vu son plaisir aigu à défaire les fermetures) je me rêve Blanche-Neige habillant les sept nains... Faute de neige, du verglas à gratter sur le pare-brise...


Dès 9h45, se déroule le programme cadencé du mercredi matin : danse pour la cadette, musique et danse pour l'aînée... Les enfants valsent.


Qui sait comment alors vers midi, vacille Pitère le doigt en sang, écrasé par une innocente petite chaise, au milieu des hurlements de sa soeur et sans doute les miens ?... Quelques secondes d'horreur avant que je ne passe en mode automatique : saisir mes enfants sous les bras et courir jusqu'à la voiture, confier la plus grande à une amie, appeler froidement mon mari en renfort pour qu'il nous rejoigne à l'hôpital dont nous connaissons déjà le chemin...


La tache de sang sur le siège auto s'étend, l'inquiétude de Pitoue devant les yeux de sa petite soeur qui se ferment aussi.

Je cours serrant mon enfant et psalmodiant que tout va s'arranger. Elle gémit.

Elle reçoit rapidement un sédatif, qui m'anesthésie également et gèle mes pensées.

Le fil de la journée se dévide très lentement, l'opération, la salle de réveil, ma fillette digne dans la stoïcité.

Et puis enfin, on l'autorise à téter après ces heures de jeûne, enfin je peux lui offrir un peu de réconfort, la reconnaissance et la douceur emplit son regard de petit animal apeuré.


Nous rentrerons chez nous tard le soir accueillies par les soeurettes épuisées mais vaillantes, et le lendemain fêterons heureusement les deux ans de la rescapée, guère traumatisée.

PS : Il y a du nouveau ici : http://2mainsgauches.blogspot.com/