Un samedi du mois de mai, nous sanglons notre troupe dans le monospace, ultime ruse de parents épuisés qui espèrent secrètement une sieste motorisée de leurs rejetons, pour une balade semi-pluvieuse dans la jolie ville de Dinan. Les filles renâclent et rouspètent, traînant leurs sandalettes sur les pavés glissants avec mauvaise volonté.
Je me dis alors qu’un peu de spiritualité nous mettrait du baume au cœur ou un coup de pied aux fesses et pousse ma marmaille sous le porche d’une église. Piwouane renoue avec sa ferveur religieuse caractéristique et étudie dans l’ordre, l’emplacement du baptistère, les vitraux, et la nef. Je jubile : ne sommes-nous pas des parents parfaits, qui initions nos enfants au patrimoine culturel et religieux, au lieu d’aller gober des boulettes de renne à la cafèt d’Ikéa ? Pitoue apprécie les qualités de résonance de l’édifice. Son père a tout le mal du monde à la persuader de chuchoter et de réserver ses expériences d’écho à une autre falaise. Pitère gambade et fait claquer ses talons sur le sol.
Subitement illuminée, j’aperçois les cierges. Les enfants sont ravies d’allumer leurs lumignons aux flammes vacillantes. Dans une tentative d’éveil à la foi, j’éclaircis l’idée de prière et suggère aux filles de recommander à Dieu de prendre soin de leur arrière-grand-mère qui nous a quittés il y a peu. Ce qui aurait été judicieux si je ne m’étais pas trompée de prénom : pardon Grand-Mamie J, tu es encore parmi nous et j’espère pour longtemps ! Dieu fasse que cette erreur ne soit pas prémonitoire ! Notre recueillement est légèrement dissipé par les frasques de Pitre qui frôle avec insouciance les bougies et manque de les renverser.
Nous sortons dans le calme et la hâte. A l’extérieur, une étrange odeur semble embaumer la ville. Un peu âcre. De la fumée ? C’est Calvin qui remarque , fin limier, qu’une mèche de Pitère est calcinée et que ses cheveux sont pleins de cendre…
Suite à cette offrande capillaire, Piwouane s’est à nouveau embarquée dans de grandes interrogations théologiques. Je ne peux pas m’empêcher d’être un peu inquiète lorsque mon aînée m’assure que parfois dans son cerveau cohabitent Dieu (qui doit déjà prendre pas mal de place) et le Dieu du mal (franchement terrifiant).
Réincarnation de Jeanne d’Arc, Mystica est de retour, et elle ne nous laisse pas beaucoup de répit, sauf devant les Zouzous. Elle doit qui plus est composer avec sa petite sœur Pitoue, qui pencherait plutôt du côté de Zarathoustra…
Pitoue, 4 ans, en se brossant les dents et postillonnant du dentifrice sur mon tee-shirt noir :
- Dieu est mort.
- Non, il est vivant mais pas comme nous.
- Mais si il est mort, parce qu’on ne le voit pas. ( Saint Thomas)
- …
- Ou alors il habite dans l’église ?
- Oui on peut dire ça. (C’est quand même de l’abus, à 8 heures, avant le thé du matin.)
- Ah mais oui, j’ai tout compris ! C’est lui qui parle dans le micro !!!
12.6.09
Ainsi parlait Zarathoustra
29.1.09
Emotions pré-festivités
PS : Il y a du nouveau ici : http://2mainsgauches.blogspot.com/
4.12.08
ça sent le sapin
De Noël et de ma morosité anachronique
Le temps court par les temps qui courent et ce froid aux pattes palmées, et voilà que je délaisse ce blog, ne sachant comment y insuffler un peu d'enthousiasme. J'ai cette année moins d'attrait pour les paillettes de Noël, et seules les suppliques des fillettes me font grimper l'échelle du grenier : petit à petit ressurgissent les décorations un peu fripées et défraîchies des hivers précédents, et les calendriers de l'Avent plus ou moins laids. Le goût de fabriquer des petits cadeaux pour les uns et les autres est légèrement rance à mon palais domestique, je n'ai pas à mon habitude élaboré de rocambolesques projets irréalisables. Les trois enfants qui piaillent à la moindre lumière clignotante, au reflet rouge d'un tissu synthétique, et décomptent les jours parviendront-elles à me donner l'envie d'envisager la fin décembre comme une heureuse échéance?
De la compulsivité compensatoire
Toutefois s'il y a une occasion annuelle de me venger en jetant l'argent par des fenêtres plus ou moins virtuelles, je m'en saisis avidement en fermant les yeux et ma conscience. Sans grande euphorie, mais dans une fuite en avant masquée d'un plaisir éphémère.
Des jeux de mots qui détournent mes maux
Mademoiselle Pitère qui aura deux ans au mois de janvier, après les écoeurantes galettes (occasionnant de mémorables disputes autour de fèves et couronnes), parle beaucoup : son langage proche du baragouin ne parle pas à tous, mais si ses parents ne s'esbaudissent pas devant sa loquacité, qui le fera?
Nous marchions dans la rue lorsqu'à notre passage, un chien donna de la voix.
-Que c'est Maman?
- C'est un chien qui aboie ma chérie.
- Ah, Maman! Le chien a soif! "
(Aboie-à boire-a soif)
Isis, Osiris, oecuménisme et tutti quanti
J'ai l'esprit terni et la foi malmenée, mais Piwouane en quête de spiritualité ne cesse de me questionner.
1/ Au retour de l'école, la bouche maculée de barquette violacée et de but en blanc :
- Alors Maman, quand on est mort, c'est l'esprit qui va au Paradis, et le squelette reste dans la terre.
- Uh uh (moi aussi j'ai de la barquette plein les dents).
- Alors Dieu il a un petit sac pour ramasser les esprits de tous les gens qui sont morts et les emporter?
2/Après la visite d'une exposition sur l'Egypte au Musée des Beaux-Arts de Rennes :
- Osiris était coupé en morceaux et sa femme elle a ramassé tous les petits bouts avec le Dieu Chien, pour emballer tout ça dans des bandes pour faire une momie qui revit.
- Enfin les Egyptiens croyaient qu'en faisant des momies des corps morts, on pouvait un jour leur assurer une vie après la mort. (punaise, j'ai bien écouté la conférencière moi aussi, je n'ai pas fait qu'être pétrifiée devant la momie d'un bébé!!!)
- Oui mais Maman alors, ça veut dire que le Dieu Chien il avait un petit sac lui aussi!!!
3/ Quelques jours plus tard, Dieu, Anubis et le Père Noël ont fait connaissance dans le bouillonnement de la cervelle de Piwouane.
- Bon Maman en fait tout le monde croit toujours qu'on a besoin d'un sac.
-???
- Bah oui, Dieu pour les âmes, Anubis pour les morceaux du roi découpé, et le Père Noël pour les cadeaux!
3.10.08
Oedipe m'a tuer
Pitoue à sa non-sportive de mère : " Papa il a des muscles, et toi, fais voir les tiens! Ah bah non ils sont tout mous. "
Piwouane :
ou mon père est un dieu vivant : -"Papa, je pourrais faire un dessin de toi tout nu sous la douche? Comme ça je le mettrais dans ma chambre et je le regarderais la nuit."
ou ma mère fait bien les gâteaux au chocolat mais quand même je pourrais bien me passer d'elle : - "Tu sais Maman quand tu seras morte eh ben j'aurai une photo et des fois je penserai à toi!"
Heureusement pour ma consolation dans mes vieux jours, j'ai encore Pitère, 21 mois : "Ze t'aime Maman, Ze t'aime Mon Papa, bisou!"
29.9.08
Histoires de lits...
Attention, allergiques au cododo passez votre chemin, je ne suis pas d'humeur à être taquinée!
Je me pose une question un peu idiote à propos du lit de demoiselle Pitère, qui va sur ses 21 mois. La jeune fille escalade joyeusement son lit à barreaux (ou le lit parapluie quand nous sommes en vadrouille), tombe d'une galipette sur notre lit qui lui est accolé, puis fait ce que bon lui semble (soit venir secouer la barrière en haut de l'escalier et nous appeler ;)). J'ai un peu peur qu'elle se rompe le cou. Cela veut sans doute dire qu'il est temps pour elle d'avoir un grand lit?
Mais alors cela voudrait sans doute dire aussi qu'il est temps de la mettre dans une chambre seule, et ça MOI je n'y suis pas encore prête je crois...
Parce que je sens confusément qu'un grand lit collé au nôtre, ça ne va pas trop plaire au papa, à qui la symbolique des barreaux tient à coeur (quoiqu'elle passe une bonne moitié de la nuit dans notre lit, mais on n'en est pas à une contradiction près).
Allons-nous scier les barreaux du lit donné par ma belle-soeur? L'idée légèrement défoulatoire ne m'est pas désagréable.
Ou attendrons-nous l'arrivée d'IKEA dans la région rennaise pour faire d'une pierre deux coups : lit évolutif + boulettes de renne aux airelles?
Bref, je suis un peu perdue dans mes élucubrations, et je ne voudrais pas que le temps de leur mûrissement, ma petite-grande se blesse dans une cascade nocturne.
Dire que c'est la troisième et que je me pose encore ce type de question, faut croire que le processus d'apprentissage est bien spiralaire.
20.7.08
Freak show
Petite galerie d'épouvante, avec une spéciale dédicace pour Rififi et sa famille ;)
Mais qu'est-ce donc???
Une fois éveillé...
On dirait un mogwaï dégénéré, affamé et tondu à ras...
Chez Mamie, il y a des trésors introuvables chez nous... Miss Pitère a appris à dire "Barbie". Mais en digne fille de sa mère, voici le sort qu'elle leur réserve :
On rentre demain à Rennes!!! Adios freak gallery!
17.7.08
Fatras du jour
Je renverse mon sac de plage sur le clavier...

Et puis :
Pitoue, inspirée par la grâce : "Moi parfois, je crois en Dieu!"
Moi, sceptique : "Ah?"
Pitoue, débutante en théologie : "Oui, je crois en Dieu quand je me lave les dents."
Piwouane, somnolante : " Ce qui serait bien, ce serait que la vie, elle soit comme dans mes rêves."
Moi, baillant : " Et qu'est-ce qui serait bien, comme dans tes rêves, alors?"
Piwouane, songeuse : " Ben j'aurais un téléphone portable, pour parler avec Peter Pan quand il vole!"
12.7.08
Toy story
Un grand nombre d'entre eux étaient initialement à Piwouane, qui a eu la chance d'être l'aînée et par là a bénéficié de la fièvre consommatrice de la famille, puis qui a eu la malchance (d'un certain point de vue matérialiste) de devoir partager voire céder ces jouets à une puis deux petites soeurs. De manière un peu compensatoire, c'est tout de même souvent Piwouane qui a la primeur des jouets les plus techniques, aux pièces les plus petites, enfin ceux qui confèrent une certaine suprématie dans la hiérarchie des jouets.
Il y a certes des jeux de société, coopératifs ou non, qui ont beaucoup de succès chez nous, mais qui nécessitent encore souvent l'intervention d'un parent.
J'ai tenté de recenser les jouets favoris de chaque membre de la famille.
Piwouane au final joue très peu avec ses jouets... Elle aime lire, faire des dessins, construire des cabanes. Elle aime aussi beaucoup son doudou et sa trousse de docteur. D'ailleurs la nouvelle vocation de la demoiselle serait selon ses dires de devenir chirurgien, elle semble développer une étrange fascination pour les opérations, et je ne parle pas de mathématiques. Elle nous questionne tout au long de la journée sur les opérations des yeux au laser et la façon dont on découpe une boîte crânienne. Je ne sais pas vous, mais moi je trouve ça un brin menaçant. Au cas où elle aurait des envies de s'exercer à la dissection sur ses soeurs? Est-ce que mon addiction aux séries hospitalières aurait eu des retombées sur son développement psychique? Peut-être que le prochain jouet adapté serait l'hôpital playmo (qui la branche à mort) ou le Dr Maboul ( super intéressée aussi), voire le kit expérimental d'anatomie d'une fausse grenouille admiré chez sa cousine?
Pitoue, avec ses trois ans, adore les playmobils, les Little People, les animaux de la ferme, sa poupée, la dinette. Elle aime nous préparer à manger, pour de faux ou pour de vrai, et inventer des histoires avec ses personnages. En pleine phase d'imitation. J'adore écouter les dialogues qu'elle élabore. En revanche gare à qui l'interrompt! Une future scénariste? Ou alors cuistot?
Pitère , 18 mois sous peu, aime : déboucher avec les dents des bouteilles de shampooing, patouiller dans une bassine d'eau sur le carrelage de la cuisine, jouer avec les boîtes plastiques, les ballons et balles qui roulent, les poussettes, vider les placards... Ses yeux brillent de convoitise pour n'importe quel objet tenu en main par une de ses soeurs.
Nous ,les adultes, ne nous contentons pas de jouer à la poupée en habillant, lavant, coiffant et nourrissant nos trois fillettes.
Calvin a toujours un nouveau joujou en vue ou dans son garage. Tout d'abord il aime les motos. Je ne vous dirai pas combien il en a eu, mais il en a eu. Et puis il aime les voitures. Son goût pour les cabriolets a été un peu contrarié par l'expansion de notre famille, alors du joli coupé, nous sommes passés au monospace. Il y a aussi la planche à voile. Et dernier jouet en date, encombrement maximum, et d'une symbolique pas moins phallique, le bateau. On en avait un petit mais non il était trop petit alors maintenant il y a un monstre dans notre jardin.
Vous croyez que c'est parce qu'il n'a pas eu de garage pour jouer quand il était petit??? Ou au contraire parce que sa mère lui offrait des petites voitures à volonté?
Moi-même qui aimait beaucoup jouer aux poupées et même à la Barbie quand j'étais petite, j'ai en dehors de la lecture et de quelques bidouillages manuels, plutôt des jouets a priori et je dis bien très a priori, masculins. Camescope, apn, ordi portable? Avant d'avoir des enfants, je jouais souvent à quelques modestes jeux vidéos : les Sims, Caesar, Civilisation etc... Très très chronophage! L'avantage de mes joujoux, c'est qu'ils sont tout de même plus discrets et plus légers que des engins à moteur, à coque, carrosserie ou carénage.
Et qu'on peut les emmener partout!
11.6.08
Dragées et cotillons
Prenant subitement conscience que des personnes allaient visiter notre demeure, mon homme a eu une révélation : et si nous faisions les travaux que nous envisageons tel un rêve flottant à l'horizon depuis 18 mois? Et si je me mettais avec mon père à découper du carrelage et du lambris ou à étaler de la colle à papier peint partout dans la maison fraîchement briquée pour l'occasion?
Le résultat est plutôt sympa, je dois l'avouer, mais la réalisation m'a donné des sueurs froides!
Ajoutons à cela une petite touche de stress professionnel qui me hérisse les poils et continue de développer mon aversion pour l'education nationale et une grosse rage de dents... Je me suis retrouvée dans le personnage d'Izzie Stevens de Grey's Anatomy, enfin le personnage papier, entendons-nous, je suis l'antithèse du mannequin blond. La comédienne me ressemble malheureusement aussi peu qu'à un grizzli. Mais cette façon de se consoler par la nourriture... Elle ne m'est pas étrangère. Depuis une semaine, j'ai établi un campement dans la cuisine, la tête dans le four et la main à la pâte : petits fours, gâteaux... En mangeant une tablette de chocolat par jour pour me maintenir à flot...
Sentant le danger poindre que sa maman se transforme en boule qui roule, ou bien inspirée divinement quelques jours avant son baptême, la petite Pitère s'est décidée à marcher seule, à bientôt 17 mois! C'est drôle de la voir vaciller dans la maison, son grand plaisir étant de transporter des objets (ce qui était beaucoup plus difficile à quatre pattes). Cela ne la distrait pas toutefois de ses expériences favorites : grimper sur une chaise pour se badigeonner de rouge à lèvres, ouvrir le robinet et manger du savon, croquer dans une baguette de pain, monter sur la table pour se servir de l'eau dans un verre...
Bon, allez, on se retrouve la semaine prochaine!
20.5.08
Coupe de printemps
Parce qu'elle avait les cheveux longs dans le cou
Parce que sa frange longue pointait vers le nez
Parce qu'elle le vaut bien
Une petite coupe avant l'été
Dans le style de la maisonnée...
Ma demoiselle Pitère fut d'un silence exemplaire, drapée dans son peignoir et dans sa dignité, le regard noir et les sourcils froncés, la moue boudeuse mais ne bougeant pas un orteil. En 5 minutes ce fut bouclé, cisaillé, coupé, et voilà une jolie fillette!
18.5.08
Un petit bain?
Et puis surtout Pitère en a eu assez de laver des trucs en plastique. C'est vrai quoi, pourquoi se contenter d'exercices, quand on peut tout de suite attaquer la phase réelle avec un cobaye vivant?
13.5.08
3 ans !

Vite avant qu'elle n'atteigne l'âge de 18 ans, je cours après mon retard et donne un bref aperçu de la fête d'anniversaire de Pitoue, le 3 mai 2008!
Trois petits invités pour la demoiselle, plus deux copains issus de fratries pour la grande soeur, plus Pitère l'indéboulonnable bébé, nous avons bien compté 8 petits gnomes tournoyant sous le soleil de mai!
Nous avons eu plus de chance en effet que pour les 5 ans de Piwouane, où averses et grêlons étaient de la partie. C'est dans le jardin que mon petit clown a donné sa première réception.
Monsieur l'ambassadeur avait préparé des petits gâteaux au chocolat en forme de hérissons, mais les petits piquants ont du impressionner les enfants qui leur ont préféré les chamallows...
Constructions en playmaïs démontrant les capacités inouïes de contorsions de ces bouts de maïs ainsi que leurs qualités gustatives selon mademoiselle Pitère, jeux d'eau avec des petits animaux gicleurs et des mini-seaux au risque de se tremper le bermuda, pêche aux canards, pêche à la ligne et courses d'escargots mécaniques, roulades dans l'herbe, joues rouges et cheveux humides : les petits asticots se sont bien démenés après quelques instants de timidité...
Ouf, maintenant, à l'année prochaine!!!
12.2.08
Adventureland
Pitère, 1 an : " Bon, ça va Maman, tu me lâches les baskets maintenant. Je sais tout faire toute seule. Pas besoin d'aide. Regarde, je sais me doucher - et manger du savon. Je sais monter sur un escabeau et ouvrir le robinet pour me laver les mains. Tu vois, je suis grande et autonome! Tu peux retourner te vernir les orteils."
11.2.08
Dr Jekyll et Mr Hyde
Titre d'une nouvelle série sur Canal +; dont je ne dirais rien puisque je n'ai pas Canal +.
Mais nul besoin d'une fiction sur ce thème puisque chez nous, c'est déjà la demeure de la folie douce ou rugueuse selon les heures!
Dans la famille schizophrène, je demande...
- Piwouane, 4 ans et demi : enfant rêveuse et méticuleuse, éprouvant une fascination clinique pour les microbes. Pouvant se muter en monstre mythologique, Méduse et cris de sirène, catalyseur rarement identifié.
- Pitoue : enfant mutine, souriante, malicieuse à souhait. Peut toutefois pousser des hurlements de rage pendant des heures, avec moults gros sanglots et hoquets, nuits cauchemardesques en option.
- Pitère : doux bébé qui tète, sourit et bidouille des petits hochets. Dès qu'elle échappe au regard de l'adulte, devient une aventurière du quotidien : lave-vaisselle, tiroirs, escabeaux, robinet, pouvelle, douche, rien de l'effraie.
- la mère : non seulement deux profils (gauche et droite) mais plein de travers... De la maman maternante au dragon fumant. Quand je lis un Biba en buvant une tisane, je culpabilise. Quand je me regarde éplucher des carottes à 9 heures du matin, je me fais peur.
Dans l'oeil du cyclone, au coeur de ce harem, le père reste à peu près fidèle à lui-même...
3.2.08
Coquecigrues, chimères et saint glin-glin
Je n'ai rien de bien extravagant à raconter, pas de coup de gueule, pas d'indignation, pas de joies explosives non plus...
Un week-end légèrement au ciel ensoleillé samedi, maussade dimanche, aux coeurs en demi-teinte, entre tendres câlins et gueulantes anéantissantes.
Samedi matin, nous partons au marché des Lices, un froid sec nous accompagne, beaucoup de monde sur le pavé. Les filles font un tour de manège; Piwouane hurle à la mort pendant la moitié du tour, car sa soeur ne veut pas la laisser appuyer sur le bouton qui permet d'actionner l'avion. Son père tourne à grandes enjambées autour du manège pour essayer de connaitre l'origine du conflit ou plus probablement pour tenter de la faire taire... Moi, je me planque, mine de rien, le nez dans les étals des bouquinistes de la place Ste Anne. Nous avançons dans les rues. Pitoue monte, descend, monte, descend de sa poussette, jusqu'à ce que nous lui offrions un sachet de chouquettes, qu'elle gobe une à une avec application. Piwouane chouine encore car les chouquettes lui collent aux doigts. Je fourre un énorme croûton de pain dans ses mains poisseuses. Pitère dort dans l'écarpe, ronflant comme un énorme chat en combinaison pilote. Nous achetons un énorme poulet rôti et des pommes de terre grasses à souhait. Les enfants, gavées de pain et de chouquettes, n'y toucheront pas. Pas grave, c'est la chandeleur, alors repas de crêpes le soir, ça équilibrera.
Tout le monde sieste au moins une bonne demi-heure... Court répit. Nous battons la pâte à crêpe, les filles se crêpent le chignon pour savoir qui battra les oeufs en premier. Le ton monte, les enfants fatiguées de tant résister contre le repos obligatoire, pleurnichent et ne veulent pas aller au parc.
Une fois devant les canards qu'elles bombardent de pain sec, l'énergie regagnent leurs petits corps. Moi, je me suis échappée pour errer dans les rayons de Carrouf, oui, franchement, parfois, je suis désespérée à ce point. J'achète des courgettes surgelées, pour me donner bonne conscience, rapport aux crêpes pré-citées, m'illusionnant sur la capacité de bêtes courgettes à rattrapper les dégâts d'un pot de nutella. Je reviens de cette merveilleuse escapade toute ragaillardie, retrouve ma petite famille transie de froid. Douches, crêpes en formes de Mickey, Donald et cie, et au lit.
Dimanche matin, Pitoue appelle vers 7 h du matin, je lui crie que chut, j'arrive, et puis je me recouche, je me rendors abruptement, et elle aussi... Elle ne se réveille à nouveau que vers 8h30, miracle. Au petit-déj, elle me dit qu'elle a eu peur d'une grande main crochue, pincement de culpabilité...
On traîne toute la matinée, entre tâches ménagères incontournables, playmos qui trainent partout, bébé qui grimpe, homme qui surfe impénitent, petites filles qu'il faut houspiller pour qu'elles s'habillent. J'ai horreur de les voir traîner en pyjama après 10h, c'est comme ça...
Déjeuner écoeurant au restaurant des frites, promis la veille par le père de famille. Les fillettes galopent dans les allées, picorent un ou deux trucs... Pitoue fait une petite représentation où elle crie "Sarkozy, Sarkozy" à tue-tête, je me tape le fard de ma vie. Bon, c'est un peu ma faute, jai passé la soirée à pester en lisant des infos sur le net au sujet du mariage de Lord Farqual.
Sur le chemin du retour, j'insiste plus que lourdement sur la nécessité absolue totale de faire une vraie sieste et hop tout de suite et sans traîner et plus vite que ça. Seule la plus petite semble m'obéir... Les deux autres ne cessent de se lever, d'aller et venir en culotte entre leurs chambres, pour transvaser poupées, petits ours en peluches et dinette. Leur père a pris l'option easy, je bouquine dans le salon comme ça j'entends personne. De mon côté, je fais la chienne de garde devant la porte de la petite dernière pour lui assurer une sieste correcte.
Nous partons ensuite pour un spectacle dans la campagne rennaise, un quart d'heure de route, Pitoue s'endort profondément. Le festival s'intitule : "Les Coquecigrues", et c'est aujourd'hui en effet un spectacle léger, hybride entre magie et clownerie, plutôt bien ciblé pour les enfants, avec petit goûter en prime. Nous apprécions.
Le diner : quiche aux poireaux. Piwouane mange tout très très lentement. Pitoue refuse, mange un peu de soupe, renverse son verre deux fois, décide que finalement la quiche a l'air bonne, puis non, et mange deux crêpes en dessert. Pitère s'applique à émietter sa part de quiche.
Le coucher : on met plus de trois quart d'heure, record battu... Je ne sais pas pourquoi. Pitoue rappelle cinq fois, je finis par gueuler, je m'en veux, elle chope son doudou et s'endort aussi sec.
Pitère s'endort comme d'habitude dans notre lit, je sais que son père va râler en découvrant la petite squatteuse, mais je n'ai ni le courage ni l'envie d'agir autrement.
Il est 23h, tout le monde est couché, sauf mon ordi et moi-même... Liste de courses pour demain, menus pour la semaine, dernières lessives et rangeouilles.
31.1.08
Ma fille est un vampire...
Han! ça file les choquottes, n'est-ce pas?
Bon, j'ai triché, car la photo date d'il y a quinze jours et depuis une nouvelle incisive est apparue entre les deux latérales...
Mais j'ai tellement le cerveau au ralenti aujourd'hui (lien direct avec la foire de mademoiselle Pitère de 1h à 2h puis de 5h à 6h ) que je suis en plein anachronisme.
27.1.08
Massez-les comme vous les aimez...
" Etre portés, bercés, caressés, être tenus, être massés, autant de nourritures pour les petits enfants", citation du livre Shantala de Frederic Leboyer, qui décrit l’art du massage issu de la tradition indienne ayurvédique.
Samedi, avec petite Pitère, nous avons participé à un atelier de massage pour les bébés. Après une journée très éprouvante pour les nerfs de tous et toutes, entre portes claquées et cris en tous genres, ce fut un souffle bienvenu.
J'avais fait le même type d'atelier il y a longtemps avec ma première fille, lorsqu'elle avait deux mois je crois, et cela m'a semblé à la foix doux et étrange de retrouver ces gestes sur Pitère : caresses du dos, paumes chaudes contre peau moelleuse, l'huile qui glisse sur son petit ventre lisse et rebondi.
Je m'attendais à ce qu'elle crapahute à quatre pattes; mais elle a préféré rester au creux de mes mains, allongée sur mes genoux. Un moment de détente à deux, fille et maman, comme nous en partageons peu.
Cette petite fille, qui dort dans mon lit, que je porte souvent en écharpe contre mon ventre, parfois je m'étonne de la découvrir : enfant qui grandit hors de moi, qui a son propre corps!
Et puis le corps, souvent je l'oublie... Et ce sont mes enfants qui me rappellent qu'autant que leurs esprits, il faut aussi prendre soin de leurs enveloppes; non seulement nous contenter de les nourrir, de les baigner, de les laisser s'ébattre dans l'herbe, mais aussi les bercer, les caresser, les masser...
Cette petite heure pour nous deux, j'ai eu du mal à nous l'accorder. Mais j'y ai réappris un peu de ce que j'avais oublié, une autre façon d'aimer ma fille.
Depuis mes semi-grandes réclament elles aussi des massages, c'est drôle et bien plaisant.
23.1.08
Mes nuits sont plus belles...
Je me souviens de nuits passées à lire, enfant avec une lampe de poche sous ma couette. Cela m'arrive encore souvent. Il y a quelques jours j'ai offert à Piwouane une petite lampe torche, qu'elle glisse sous son oreiller. J'ai même trouvé à côté de son ours en peluche, un livre qu'elle m'a avoué feuilleter le soir à l'aide de la lumière du couloir. Ce qui est curieux, c'est qu'elle ait choisi comme livre de chevet, un livre de Oui-Oui, soit une "bibliothèque rose" avec très peu d'illustrations.
Ah, le sommeil, dans notre famille, ce n'est pas de tout repos...
Moi, je suis une couche-tard, mais j'ai besoin de beaucoup de sommeil, sinon je suis d'humeur exécrable et de patience limitée... Le papa, lui, dort nettement moins, et surtout n'aime pas se lever tard (mais n'est pas contre une sieste); ça tombe bien, parce que, comme il travaille en équipe, dans une usine, il se lève une semaine sur deux à 4h30, et l'autre semaine à 7h15 parce qu'il y a école.
Piwouane a fait ses nuits vers deux mois, le jour où elle a su sucer son pouce. Je me souviens pourtant que je n'en pouvais plus de ces nuits hachées, où je me levais trois fois pour donner la tétée (en lisant Agatha Christie). Je souris maintenant de mon impatience, j'avais l'impression que seul mon bébé ne dormait pas toute la nuit à deux mois! Vers huit-neuf mois, elle a eu un épisode difficile, réglé assez facilement par un cocktail homéo-ostéo-visite et vide- ton- sac à la Maison verte (lieu d'accueil parents-enfants à Paris). Puis vers 18 mois, quand son papa a du partir sans nous pendant deux mois à Rennes alors que nous habitions en région parisienne, et qu'en plus j'attendais un intrus, euh, une petite soeur. Dès que sa soeur est née, elle a très bien redormi. Et enfin un peu avant la naissance de la troisième, très légère rechute, vite recadrée. En résumé, sommeil pas trop compliqué pour elle : elle ne se réveille pas trop tôt et désormais elle attend sagement dans son lit qu'un de ses parents se lève.
Pitoue, c'est une autre histoire. Contrairement à sa soeur aînée, elle a dormi dans notre chambre, et souvent dans notre lit, jusqu'à ses six mois, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus rentrer dans son couffin sans en pousser les parois... Là, nous avons décidé qu'elle devait dormir dans sa propre chambre. Enfin qu'elle devait y passer les nuits. Ce que nous n'avions pas bien saisi, c'est qu'elle voulait bien, mais pas toute seule. Pitoue a donc eu des couchers très difficiles, où il fallait rester auprès d'elle jusqu'à son endormissement, ce petit rituel de tétée-présence se répétant inlassablement toutes les nuits, et quatre à six fois par nuit. J'avais mis un matelas gonflable par terre dans sa chambre, et j'y ai longtemps squatté. Dès que je me relevais, elle hurlait à la mort. Tout cela n'a été apaisé qu'après 6 mois de thérapie, et après la naissance de Pitère, Pitoue avait donc 20 mois. C'est toujours un point faible chez elle, le sommeil... Dès qu'une journée est un peu agitée, ou lorsqu'elle est inquiète, la nuit est perturbée. Régulièrement, il faut reprendre tout à zéro... Là, avec la rentrée à l'école, ce fut un passage ardu, qui semble s'être résolu. Mais comme elle a décidé qu'elle était grande maintenant, elle ne veut plus faire de sieste, et réclame de lire dans son lit. A six heures du soir, c'est une loque de petite fille. Mais le matin, elle est sur le pont vers 7h, claironnant à qui veut l'entendre qu'il faut lui préparer son biberon.
Quant à Pitère, nous n'avons pas cherché à la faire dormir ailleurs qu'avec nous; de toute façon elle n'a pas de chambre. Elle a dormi dans son couffin, et a maintenant son lit à barreaux collé au nôtre. Cependant, elle passe beaucoup plus de temps dans le nôtre justement que dans le sien. Quand cela cessera-t-il? Je ne sais pas vraiment. Pour le moment, cela ne perturbe ni enfant, ni parents, et cela m'économise largement la fatigue et les nerfs, m'évitant ainsi de me lever deux ou trois fois... Même si cela ne saurait durer car si je ne déteste pas dormir avec ma fille, en revanche l'odeur aigre-douce de lait caillé de son lapin qu'elle me colle sur le nez me dérange un peu...
Alors ce soir je vais monter très bientôt, remonter la couette de Piwouane, surtout ne pas entrer dans la chambre de Pitoue, et me glisser entre Pitère qui fait un joli bruit en tétant ses doigts, et mon homme endormi. Ce sera doux et chaud, avec ce léger parfum de suçotis... Doucement, je transvaserai Pitère dans son petit lit, pour un répit de quelques heures ou minutes, et je pourrai savourer ma lecture à la lampe de poche, occultant d'éventuels ronflements de part et d'autre.
Je m'endormirai ensuite, trop tard, priant pour ne pas être réveillée au cours de la nuit.
16.1.08
Il y a un an et un jour...
Il y a un an et un jour, naissait la troisième petite fille de la famille, oui, celle dont le prénom commence par un P et s'achève par "ille"... Celle qui passe encore la majeure partie de sa nuit dans notre lit, sa petite main glissée dans mon dos ou celui de son père. Celle qui observe très sérieusement ses grandes soeurs puis rit aux éclats. Celle qui s'endort souvent dans l'écharpe, mais sait aussi avancer sur son porteur tout neuf. Celle qui suce son majeur et son annulaire en se frottant la joue avec les oreilles de son lapin. Mais appelons-là Pitère comme c'est l'usage sur ce blog.
Pitère donc avait prévu de venir au monde vers la mi-janvier, après les empoignades de Noël et au milieu des festivités des soldes, une petite fève bien grassouillette.
Moi, sa maman, comme pour les deux aînées, j'avais vécu une grossesse plutôt paisible physiquement, et tempêtueuse intérieurement. Je n'étais pas vraiment impatiente d'accoucher, mais je traînais bien un peu la patte et surtout un énorme ventre enrobé par les chocolats de Noël .
Comme pour Piwouane et Pitoue dontla naissance est relatée ici , ce bébé ne s'est décidé à entamer le plongeon qu'après s'être assuré que ses parents avaient enfin choisi un prénom, et étaient prêts à l'accueillir. La nuit du 14 au 15 janvier, donc, je parle à ce ventre qui me paraît si exubérant. Je pense m'être levée cinq à six fois dans la nuit pour Pitoue qui se réveille et me réclame inlassablement.
F. part au travail vers cinq heures vingt, je me lève et ressens une contraction très forte, différente des contractions de la grossesse, je reconnais immédiatement le début du travail (ou la fin?). Mais ma tête n'étant pas tout à fait encore en phase, je me contente de prévenir F. Il veut rester à la maison, mais je préfère l'envoyer bosser et profiter un peu de ce calme encore nocturne. Intimement, je sais que c'est pour très très vite, mais je me douche rapidement, je choisis des vêtements pratiques mais pas trop moches, je me prépare même un thé que je bois en consultant mes mails. A 5h40, je me rends à l'évidence et j'appelle F. Il n'avait de toute façon pas ôté son blouson de moto, sachant pertinemment que j'allais le rappeler très vite. Pour lui aussi c'est un troisième accouchement!
F met les valises dans la voiture, prévient sa mère que nous partons (ses parents sont à la maison), les filles dorment, je n'ose aller les embrasser de peur de les réveiller. Descendre les escaliers est un supplice, le trajet en voiture accélère la fréquence des contractions, et me coupe le souffle. J'ai vraiment une impression terrible de déjà-vu, avec ce départ à l'aube, qui ressemble point par point au jour de la naissance de ma deuxième fille, elle qui est encore mon bébé, du haut de ses vingt mois.
Nous arrivons à la maternité, les places d'urgence sont prises. Je descends donc seule, pendant que F va garer la voiture. Je sonne et avance en titubant un peu dans les couloirs, je me tiens au mur à chaque pas. Deux femmes me parlent, une sage-femme et une auxiliaire je pense. Je suis un peu dans le flou mais j'arrive à parler rapidement, et même je crois à sourire : "C'est mon troisième bébé et j'accouche très vite, je crois que c'est vraiment pour tout de suite... Je voudrais aller dans la chambre de naissance, mon mari va arriver." Il est 6h40.
La chambre de naissance, c'est une salle un peu à part dans cete maternité. Des murs lambrissés, un jaccuzzi, un ballon, un grand lit. F arrive. Nous nous sourions car nous nous sentons à l'aise ici, en terrain connu. Mais les contractions sont très fortes, cela me demande beaucoup de concentration pour en gérer la douleur. A quatre pattes sur le lit, je me balance, hanches à gauche, hanches à droite... Je parle à la sage-femme, qui lit tranquillement mon dossier, j'insiste sur la perfusion d'antibios à faire, mais elle n'a pas l'air très pressé. D'un côté, tant mieux, je suis ainsi tranquille, louve solitaire que je suis, mais d'un autre, j'aurais voulu être entendue. Dans le protocole, elle doit me mettre un monito et une voie pour la perfusion. En pratique,je ne me souviens plus du monito. Elle s'escrime à me poser une voie sur le dessus de la main, ce n'est pas facile à ce stade du travail, je peste un peu.
Quand je ne suis plus que gémissements, je dis que le bébé pousse déjà, et la sage-femme me demande si elle peut m'examiner. C'est difficile de se basculer sur le côté pour l'examen, je ne sais pas comment j'y parviens. Elle me dit que la poche des eaux est extrêmement bombée, que la tête appuie très fort, et que si elle perce la poche, le bébé va arriver immédiatement. J'hésite, car je me souviens de la sensation lorsque la poche des eaux s'était rompue d'elle pour Pitoue, comme une vague chaude qui se serait déversée. Mais je ne peux plus reculer l'arrivée de ce bébé. La sage-femme prépare son petit matériel, et perce la poche. F. qui est à mes côtés, se bidonne, car la poche a littéralement explosé au visage de la sage-femme qui est toute éclaboussée.
De mon côté, je n'ai plus le temps de rire, car la sage-femme avait raison, la tête du bébé est déjà là, je reconnais cette brûlure intense. La sage-femme me demande de me mettre sur le dos, le papa derrière moi. Dans un éclair de lucidité que je ne suis pas en état d'avoir et dont je lui sais gré, F proteste que je préfère être sur le côté. Je reste donc ainsi, même si j'aimerais que quelqu'un me tienne le genou, sans que j'aie la force de le formuler. La sage-femme me dit de ne pas pousser, de souffler. Une autre sage-femme (élève?) me dit de bien écouter , que c'est important. Je suis agacée, je n'ai pas envie qu'on me parle, qu'on brise ma bulle, ni qu'on m'infantilise. Je me cache la tête dans le tee-shirt de F. Mais je n'ai pas besoin de pousser, le bébé sort tout seul par la force des contractions.
Et puis d'un coup c'est ce calme immémorial. J'attrappe le bébé que me tend la sage-femme, je remonte vite mon tee-shirt pour le poser contre mon ventre. Quel dommage qu'elle se soit empressée de clamper le cordon.
Nous posons des yeux tout neufs sur ce bébé. C'est une petite fille. "Bonjour bébé, comme tu es belle!" Sa chaleur toute humide sur mon ventre, ses yeux plissés, ses mains aux longs ongles, son nez tout épaté d'être passé par un tunnel étroit. A elle comme à ses soeurs, nous chanterons "Bienvenue". Sur mon coeur, elle se blottit. Dans mon coeur, elle se love. Cette enfant dont l'idée abstraite me paraissait une folie, elle est là, incarnée dans une boule dodue et un peu collante, la bouche déjà pleine de mon sein.
29.12.07
NOYEL
Pfiou je ne conte pas tout Noël, mais uniquement sa quintessence, à savoir la messe de minuit.
Enfin, de minuit, c'est beaucoup dire, la messe des familles de 18h30.
Revêtus de leurs plus beaux atours, robes pour les filles, et jean pour moi, nous arrivons bien en avance, pour une fois prévoyants, et atteignons des places tout à fait respectables en face des musiciens et de la crèche. Harpe, violons et staues de moutons, je pense que cela va suffire pour maintenir le calme dans les esprits enfantins.
Enfin, une demi-heure d'avance c'est beaucoup tout de même. Les filles commencent à trépigner, les bébés d'à côté pleurnichent, et les voisins secouent les poussettes comme pour faire tomber des fruits du verger.
Les minettes sont contentes d'arborer une sorte d'étoile au bout d'un bâton, à offrir à Jésus, lors d'une procession pour ouvrir la messe.
Pitoue veut y aller, ne veut plus y aller, veut y aller, non, ne veut plus y aller. Piwouane accomplit fièrement sa mission, mais ne retrouve plus son chemin ensuite dans l'église bondée de pieuses âmes, et son père passe dix minutes à la chercher. Tête brune parmi les têtes blondes, il la repère enfin.
Pitoue s'agite drôlement et une étrange odeur se répand autour d'elle. J'inspecte ses pieds, elle a bien entendu marché dans une crotte de chien, qu'elle a ensuite savamment étalé avec sa chaussures sur les dossiers des chaises de la rangée de devant. Son père la sort de l'église pour tenter de nettoyer le massacre dans une flaque d'eau.
Pitère se réveille et commence à râler, emmitouflée dans sa combi plus l'écharpe. Je n'ai encore quasiment rien écouté de la messe.
Les grandes sont allées s'assoir sur les marches. Pitoue tape sur la tête de sa soeur avec la baguette étoilée qu'elle n'a pas voulu donner à Jésus. Puis elle se dit que si, finalement, elle l'offrirait bien à Jésus, alors elle entreprend de monter derrière l'autel pour glisser son étoile avec les autres dans la crèche. Son père la retient à temps.
Piwouane se rapproche de moi en chouinant plus fort que de raison, se plaignant qu'elle veut aller aux toilettes. Je râle en chuchotant. Elle insiste en criant. Nous sortons peu discrètement. Les toilettes à l'extérieur sont occupées. Piwouane hurle, pleure qu'elle est pressée, très pressée. Je ne peux rien y faire. Conclusion, elle fait dans sa culotte, et en plus notre amie la gastro semble s'être invitée pour la fête. Je la nettoie comme je peux, retraverse l'église à toute berzingue pour rameuter le reste de ma troupe qui sent bon, et nous repartons illico presto à la maison.
On n'a pas beaucoup prié. Le réveillon peut commencer.
Sinon elles ont trop de cadeaux, mais pas moi.








